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à Ajaccio, des électeurs souvent peu renseignés, voire peu enclins à aller voter

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Assis sur un banc de la place Diamant, André profite du soleil, ce vendredi 4 juin. Ajaccien depuis toujours, l’octogénaire se souvient de la Corse « d’avant », celle qu’il a vu changer et évoluer au fil du temps, parfois dans des directions qu’il regrette aujourd’hui.

« Nous avons laissé une catégorie de gens aisés s’installer sur des territoires qui ne leur appartenaient pas de droit, au risque d’attaquer notre nature et chasser les habitants des terres, et nous en payons maintenant le prix », souffle-t-il. Pour cet ancien électricien, les élections territoriales de juin, quel qu’en soit le résultat, ne permettront pas de « revenir sur les erreurs du passé ». Pas question pour autant de ne pas voter.

« J’ai 84 ans, et à tous les scrutins, municipaux, régionaux, et même nationaux, je me suis toujours exprimé. Je ne vois pas pourquoi je ferais différemment cette année. »

Comme André, ils sont nombreux, dans les rues d’Ajaccio, à affirmer leur intention de se rendre aux urnes, les 20 et 27 juin prochains, afin de départager les 10 listes en course pour renouveler les bancs de l’Assemblée de Corse.

Méconnaissance des listes et des programmes

Plus rares, en revanche, sont ceux que nous avons interrogés et qui sont à ce jour en mesure de définir le programme des candidats. « Je sais que les écologistes veulent la préservation de l’environnement et que la liste Rassemblement National est pour l’incinérateur et surtout contre les étrangers, plaisante Antoine, 32 ans, mais au-delà, j’avoue ne pas être plus que ça au courant. Il faut que je me renseigne, mais en ce moment, avec le boulot, je n’ai pas trop la tête à ça. »

Même justification à peu de choses près pour Livia, infirmière : « Avec la crise sanitaire, je travaille en continu depuis des mois et je n’ai eu ni le temps ni l’envie de me consacrer aux campagnes des uns et des autres pour les élections. Maintenant que tout se calme, il va falloir que je m’y mette. Mais bon, je suis déjà à peu près sûre de savoir pour qui je vais voter, donc je ne m’en fais pas trop. »

Avec la crise sanitaire, je travaille en continu depuis des mois et je n’ai eu ni le temps ni l’envie de me consacrer aux campagnes des uns et des autres pour les élections.

La trentenaire l’admet : elle serait bien incapable, aujourd’hui, d’indiquer les compétences de la Collectivité de Corse. Une méconnaissance que justifie ce commerçant installé sur le cours Napoléon par un manque de proximité de l’Institution avec la population : « Pour les municipales, on vote pour notre ville, c’est facile de se projeter. Mais pour les territoriales, c’est pour toute la Corse, ce qui fait que les gens ont peut-être un peu plus de mal à voir les enjeux exacts de l’élection. »

Pour Bastien, 18 ans, le problème est encore tout autre. En terminale au lycée Fesch, c’est plutôt sur l’examen de philosophie et le Grand oral à venir pour le baccalauréat qu’il se concentre que sur les futurs élus à la Collectivité. Mais le jeune adulte l’assure : il entend bien honorer son devoir de citoyen et déposer un bulletin dans l’urne, le jour venu. À condition qu’il se souvienne bien de s’inscrire à temps sur les listes électorales, évidemment.

Illustration.

© Jean-François FREY / MaxPPP

« Je n’y comprends rien et je n’ai pas vraiment envie de comprendre non plus »

« Ah bon, on vote dans deux semaines ? » Attablée avec quatre de ses amies en terrasse d’une brasserie du cours Napoléon, à Ajaccio, Emilie fait partie d’une dernière catégorie d’électeurs : ceux qui ignoraient jusqu’à même l’existence du scrutin. 

Après plusieurs mois passés sans bars ni restaurants, l’étudiante de 22 ans se consacre plutôt à « rattraper le temps perdu ». « Les élections, c’est important, concède-t-elle, mais passer du bon temps avec mes amis aussi. On avait tous besoin de se revoir et profiter ensemble. » 

Les élections, c’est important, mais passer du bon temps avec mes amis aussi.

Et si le sujet politique vient parfois sur la table des discussions, Emilie essaie tant que possible de ne pas s’en mêler. « Ce sont souvent des débats stériles qui ne mènent à rien, sauf à des brouilles entre les uns et les autres. Je préfère me concentrer sur des sujets plus positifs. »

Elle prévoit bien d’aller voter, « pour le principe », mais son choix se fera plutôt en suivant celui de ses parents qu’après lecture des programmes : « Je n’y comprends rien et je n’ai pas vraiment envie de comprendre non plus. Alors je ne sais pas quel bulletin je mettrai, mais j’en mettrai un. »

Tous ces gens font campagne sur de grandes idées et de grands projets, et une fois élu, ils abandonnent tout et font les pantins pour se maintenir.

Des électeurs désabusés

Sur la chaise d’à côté, sirotant une menthe à l’eau, son amie Julia, 27 ans, ne s’en donnera, elle, « même pas la peine ». La jeune femme se dit désabusée de la vie politique – insulaire comme nationale – et de ses élus.

« Ce n’est pas ma voix qui va faire changer les choses, et dans tous les cas, les choses ne changeront pas. Tous ces gens font campagne sur de grandes idées et de grands projets, et une fois élus, ils abandonnent tout et font les pantins pour se maintenir. Je ne veux plus participer à ce jeu-là. »

Un avis partagé par Jean-Michel, tabagiste ajaccien à la retraite. Le septuagénaire raconte « en avoir vu passer, des hommes en costumes cravates qui promettent de tout révolutionner sur l’île. Au final, la situation ne s’est jamais améliorée, bien au contraire. On nage toujours sous les déchets, les problèmes de grande criminalité ne sont pas arrangés, et une grande partie des Corses ont toujours du mal à joindre les deux bouts. À quoi bon ? »

En 2017, un peu plus de 52% des électeurs insulaires avaient voté au premier et au second des élections territoriales : un pourcentage bien plus faible que d’ordinaire. Pour les candidats en course cette année, remobiliser les potentiels électeurs est aujourd’hui essentiel, sous peine d’aller au devant de taux records d’abstention. Et de voir, en conséquence, la légitimité des vainqueurs, remise en cause. 

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