Politiquele binôme une femme/un homme, quel bilan de la...

le binôme une femme/un homme, quel bilan de la parité en politique ?

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On était dubitatif. Comment Jean-Louis Cottigny, vieux briscard de la politique, au langage parfois fleuri, entier, rugueux, allait-il faire équipe avec une partenaire de dix ans sa cadette dépourvue d’expérience politique ? On imaginait la novice reléguée aux tâches subalternes, sous l’étouffoir, privée de paroles et d’initiatives, à peine tolérée par cet ogre bourru bousculé dans ses habitudes. Et bien non ! Le binôme Jean-Louis Cottigny-Maryse Cauwet, vainqueur de l’élection du 15 décembre 2015 dans le canton d’Arras 3, élus de la majorité départementale, semble avoir très bien fonctionné.

Jean-Louis Cottigny, est vice-président (PS) d’un conseil départemental du Pas de Calais qu’il fréquente depuis trente ans. Ancien syndicaliste, ancien député européen et ancien maire de Beaurains, il reconnait que les départements faisaient de la résistance. « C’est vrai que le conseiller cantonal, traditionnellement un maire de longue date, avait tendance à approuver la présence d’une femme… dans le canton d’à côté. Le scrutin binominal paritaire a permis l’émergence d’élues de talent. En 2015, Maryse Cauwet est conseillère municipale d’opposition (DVG) à Tilloy-lès-Mofflaines mais je ne sais pas pour qui elle vote ! Je m’en fous. Ce qui me touche, c’est qu’elle est infirmière, cadre de santé, présidente d’une association au profit d’enfants malades, elle-même maman d’un jeune garçon décédé d’un cancer. On ne s’est pas trompé. Six ans après, le président du département, Jean-Claude Leroy (PS) en a fait sa déléguée à la santé. C’est elle, en pleine crise de la Covid, qui assure les rendez-vous avec l’Agence Régionale de Santé. La parité, c’est aussi l’occasion d’assurer le passage de témoin à une nouvelle génération. »

Jean-Louis Cottigny assure avoir partagé et pris toutes les décisions avec Maryse Cauwet : « Je crois pouvoir dire que nous avons été très complémentaires. Moi, je suis plutôt un spécialiste des questions liées au logement. Maryse est plutôt tournée vers la santé, l’enfance, le collège. »

L’intéressée confirme : « Nous avons tout partagé mais effectivement, nous avons traité certains dossiers en fonction de nos affinités. Et nous nous sommes répartis le travail sur le canton. Moi qui suis très attachée à la ruralité, j’étais plutôt en contact avec les maires des villages ; Jean-Louis plutôt en lien avec les villes. »

Maryse Cauwet reconnait que l’arrivée massive des femmes dans l’hémicycle départemental a été déstabilisante pour certains élus. 7 conseillères avant 2015… 39 après ! « Mais l’accueil de ces élus, globalement, a été bon, se souvient Maryse Cauwet. Ce sont les habitants du canton qui ont été les plus perturbés par ce binôme homme-femme, dont ils ne comprenaient pas bien le fonctionnement. Au début, on m’appelait ‘la remplaçante’ de Jean-Louis Cottigny. Je devais rectifier, expliquer que nous étions deux élus sur un même pied d’égalité. »

A l’évocation de ce premier mandat, Maryse Cauwet évoque « une belle découverte, une belle expérience. » Jean-Louis Cottigny parle de la parité dans les conseils départementaux comme d’une « belle réalisation », avec des élues qui – selon lui – se sont montrées « plus assidues, plus travailleuses, plus sérieuses » que leurs homologues masculins.

Toujours dans le Pas de Calais, François Vial, conseiller du canton d’Hénin 1 et président du groupe RN au conseil départemental, parle d’un « bilan positif ». Son binôme est Maryse Poulain, adjointe au maire d’Hénin-Beaumont. « On s’est partagé le travail, dit-il, avec une attention toute particulière chez Maryse pour les affaires scolaires et les collèges. Moi pour les affaires juridiques et le budget. Pour les électeurs, ce n’est toujours pas très clair. Sur le terrain, nous devons encore expliquer que Maryse n’est pas ma suppléante et que je ne suis pas son suppléant, qu’il y a bien deux conseillers départementaux par cantons et deux suppléants. »

Dans le Nord, Charles Beauchamp évoque également un « bilan positif ». Il est conseiller départemental depuis 1996, président du groupe communiste. Le binôme qu’il constitue avec Maryline Lucas, maire PC de Guesnain, est élu sur le canton d’Aniche. « Nous avons tout mis en commun, dit-il. Il n’y a eu pas de ‘chasse gardée’, même si Maryline s’est particulièrement penchée sur les actions de solidarité. On ne s’est pas partagé le canton mais on s’organise : si Maryline va là… je vais ailleurs. Ca se fait naturellement. J’étais seul depuis 25 ans, j’avais ma façon de travailler, mais je me suis adapté. La parité nous a bousculé, dans nos relations entre élus, dans notre réflexion politique, notre analyse des dossiers, notre façon de voir les choses. »

Trahie, trompée, meurtrie

Ce tableau idyllique est quelque peu nuancé par Joëlle Cottenye, conseillère départementale centriste du Nord, élue dans le canton de Templeuve, deuxième vice-présidente en charge de l’éducation et des collèges. Militante depuis ses 14 ans, elle crée en 2012 une association qui s’appelle « Elues Locales », un réseau national de femmes engagées en politique, de la conseillère municipale à la ministre. « Oui, le binôme, c’est une très belle avancée politique, dit-elle. Au département, les femmes abordent les dossiers avec un autre regard, une autre oreille, une autre sensibilité. L’ambiance dans l’hémicycle s’en ressent ; il y a moins de joutes oratoires, plus de discutions sur le fond. Mais non ! Les choses ne changent pas fondamentalement. Il y aussi cette fâcheuse tendance des hommes à ‘refiler’ systématiquement aux femmes le social, l’éducation, l’enfance, la famille. C’est discriminant. » On y reviendra.

Joëlle Cottenye doute un peu de tous ses beaux témoignages qui racontent des binômes fonctionnant en parfaite harmonie. « Les élus n’oseront pas en parler, mais ce n’était pas si fluide en 2015 pour ce nouveau ‘couple politique’. Et c’est normal. On forçait des gens à travailler ensemble. Pas simple. »

Joëlle Cottenye s’est fâchée avec son binôme. « Il a dû perdre mon numéro de téléphone, ironise-t-elle. On ne se parle plus. Je ne peux même pas vous expliquer ce qui n’a pas fonctionné. Je me le demande moi-même. Mais c’est très désagréable, très décevant. Je me suis sentie trahie et trompée. »

Ce qui n’a pas fonctionné, Brigitte Astruc le sait très bien. Elle aussi est une élue expérimentée – ce n’est peut-être pas un hasard – et elle aussi est fâchée avec son binôme. Alors adjointe au maire, elle est élue en 2015 dans le canton de Lambersart. Premier mandat au département du Nord. « Le point de rupture, dit-elle, date de l’instant où je deviens vice-présidente du département, en charge du tourisme et de la vie associative. Mon binôme aurait voulu que je refuse le poste, car lui, élu depuis 20 ans, souhaitait une vice-présidence. Je n’ai pas refusé. Impardonnable. »

Le mandat a été pénible. Brigitte Astruc affirme en sortir « meurtrie ». « On a coupé le canton en deux, ‘au couteau’, regrette-t-elle. Chacun son secteur, pour ne jamais se croiser. La même chose pour l’Action d’Intérêt Local, cette enveloppe dont dispose deux fois par an le binôme pour aider une association sportive ou culturelle de son canton. On l’a coupé en deux. »

Division genrée du travail

Pauline Chevalier, une doctorante de l’Université de Lille, prépare une thèse sur le sujet. En association avec l’Assemblée des Départements de France, elle mène une enquête à laquelle a déjà répondu un demi-millier de conseillers départementaux (sur 4000) à travers tout le pays. Enquête qui ne contredit pas les propos entendus jusqu’à maintenant. 85% des binômes ont bien ou très bien fonctionné. Ceux qui ont explosé en vol, avec fracas, sont rares. En revanche, ils n’ont pas échappé à ce que l’enquête appelle une « division genrée du travail » : aux hommes les finances, les infrastructures, le logement, l’aménagement du territoire ; aux femmes les affaires sociales, les personnes âgées, le handicap, l’enfance, les collèges.

Les binômes n’ont pas échappé non plus à la « domination » politique des hommes. Car ces hommes sont souvent des conseillers départementaux de longue date, des maires, des présidents de communautés de communes, d’anciens députés. Les femmes, elles, sont souvent issues du milieu associatif, parfois conseillères municipales, plus rarement maires ou adjointes.

Enfin, le premier bilan des binômes montre un clivage gauche-droite. La gauche applaudit sans réserve. La droite est un peu plus critique. Il faut dire que c’est la gauche, sous François Hollande, en 2013 qui est à l’origine de la réforme des conseils départementaux.

Et nos élus, que deviennent-ils ? Maryse Cauwet et Jean-Louis Cottigny forment à nouveau un binôme candidat à sa réélection aux élections de juin prochain. Idem pour François Vial et Maryse Poulain, pour Charles Beauchamp et Maryline Lucas. En revanche, sans surprise, Joëlle Cottenye et Brigitte Astruc sont reparties en campagne avec un nouveau partenaire. L’ancien est devenu un adversaire. Histoire de couple.

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