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Régionales 2021. Pourquoi des candidats misent sur la sécurité alors que ce n’est pas une compétence du conseil régional

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A droite, Gilles Platret (Les Républicains) et Julien Odoul (Rassemblement national), candidats pour les élections régionales en Bourgogne-Franche-Comté, mettent en avant leurs propositions dans le domaine de la sécurité. Le conseil régional n’est pourtant pas compétent en la matière.

« Les Républicains nous courent après. »

La petite phrase est lâchée par Jacques Ricciardetti, conseiller régional RN sortant et à nouveau candidat sur la liste de Julien Odoul, lors du premier débat organisé ce dimanche 16 mai par France 3 dans le cadre de la campagne des élections régionales en Bourgogne-Franche-Comté.

Face au candidat du parti de Marine Le Pen, le député Les Républicains Jean-Marie Sermier vient d’affirmer: « Ce que les gens attendent, c’est qu’on leur parle de sécurité ». Le débat portait alors sur tout autre chose, en l’occurrence l’évolution du nom de la région Bourgogne-Franche-Comté. Le candidat LR souhaite ajouter un « et » entre Bourgogne et Franche-Comté. La liste RN entend supprimer le tiret entre les noms des deux anciennes régions.

« Sécurité ». Le mot est donc lâché, et les deux représentants s’en donnent alors à coeur joie. La séquence est à revoir ci-dessous.

La sécurité, une priorité pour les candidats de droite au conseil régional

Que proposent les candidats RN et LR ?

Jacques Ricciardetti, du Rassemblement national, veut conditionner les aides du conseil régional à des engagements en matière de sécurité.

Quand la Ville de Besançon nous demandera des subventions pour la politique de la ville, on lui répondra « Mme Vignot, on est d’accord pour débloquer de l’argent s’il y a des conditions de sécurité, par exemple armer votre police bisontine ».

Jacques Ricciardetti, candidat du Rassemblement national

« On veut faire plus et on veut faire mieux », rétorque Jean-Marie Sermier, député Les Républicains, qui promet d’ « aider les maires qui veulent avancer sur la sécurité ». « D’autres régions apportent des aides aux collectivités qui, par exemple, veulent mettre de la vidéoprotection », poursuit le Jurassien. 

Suite à des violences urbaines dans le quartier de la Petite-Hollande à Montbéliard (Doubs), la tête de liste LR Gilles Platret avait estimé qu’ « un Conseil régional digne de ce nom ne peut pas rester les bras croisés face à une telle dérive sur son territoire »

Je porte le projet d’un fonds régional spécifique d’aide à l’investissement et au fonctionnement des polices municipales de Bourgogne et de Franche-Comté, qui serait institué dès l’été prochain afin d’ épauler les élus qui veulent renforcer leurs propres moyens de maintien de l’ordre

Gilles Platret dans un communiqué de presse le 8 février 2021

Montbéliard, passage obligé pour parler d’insécurité

Montbéliard est d’ailleurs devenu le lieu privilégié des deux candidats bourguignons pour dénoncer l’insécurité dans les quartiers. Julien Odoul s’y déplace dès le mois de novembre 2020. Il y dénonce notamment les sommes investies dans les quartiers au titre de la politique de la ville.

Le lien entre le manque de moyens consacrés aux quartiers et l’insécurité est une escroquerie.

La Zup de la Petite-Hollande à #Montbéliard est bénéficiaire de 73 millions d’€ de programme urbain et de 400.000€ de la région depuis 2012 au titre de la politique de la ville. pic.twitter.com/acdYtKbbUS

— Julien Odoul (@JulienOdoul) November 27, 2020

Quelques semaines plus tard, après une nouvelle flambée de violences, le candidat Les Républicains Gilles Platret vient également faire campagne dans le quartier populaire de Montbéliard, aux côtés de la maire LR Marie-Noëlle Biguinet, désignée depuis candidate sur sa liste dans le Doubs.

La sécurité, une compétence du conseil régional ?

La sécurité n’est absolument pas une compétence régionale. Comme le montre ce tableau des compétences des collectivités locales, la sécurité relève de l’Etat d’abord, et à l’échelle des collectivités locales, de la commune (le maire est officier de police judiciaire et peut mettre en place une police municipale). Même le Département, avec notamment les services d’incendie et de secours (les pompiers), est davantage compétent que la Région en matière de sécurité. Et pourtant…

Jacques Ricciardetti le rappelle sur le plateau de Dimanche en politique: « c’était déjà comme ça pour la santé ». Ces derniers mois ont montré, en effet, que les conseils régionaux pouvaient s’emparer de compétences qui ne lui sont pas attribuées. En Bourgogne-Franche-Comté, la majorité PS sortante a par exemple commandé des masques, d’ailleurs confisqués par l’Etat, puis investi dans sa propre ligne de production de masques. Pas forcément du ressort de la collectivité régionale a priori.

En matière de sécurité, on cite d’ailleurs volontiers à droite l’exemple du voisin Laurent Wauquiez, qui a mobilisé 160 millions d’euros sur la sécurité en Auvergne-Rhône-Alpes. Un choix budgétaire qui d’après l’opposition au président d’AURA, s’est fait au détriment de la formation professionnelle, qui elle est au coeur des prérogatives régionales.

Depuis 2016, nous en avons fait une priorité essentielle : 160 millions d’euros pour doubler les effectifs de la police ferroviaire, 160 millions d’euros soutenir l’équipement et l’armement des polices municipales, 160 millions d’euros pour déployer plus de 6000 caméras de vidéoprotection dans nos communes, 160 millions d’euros pour sécuriser l’accès de tous nos lycées. Souvenez-vous, il y a cinq ans, quand nous avons commencé à sécuriser nos lycées, les polémiques avaient été nombreuses. Qui aujourd’hui viendrait encore contester l’utilité de protéger nos lycées et nos enfants ?

Site de campagne de Laurent Wauquiez, président LR de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Laurent Wauquiez n’est pas le seul sortant à mettre en avant son bilan en matière de sécurité. C’est aussi le cas de Valérie Pécresse, elle aussi à droite. La présidente d’Île-de-France rappelle que sa Région a mis sur la table 150 millions d’euros au cours du dernier mandat pour « généraliser la vidéoprotection dans les transports et dans chaque ville qui l’a demandée ».

A l’image de Gilles Platret, beaucoup à droite considèrent le sujet comme un point fort de leur camp, et surtout comme un point faible de leurs adversaires politiques: « La sécurité, c’est l’angle mort de la gauche », assenait récemment le maire de Chalon-sur-Saône dans Valeurs Actuelles.

Dans son programme, Marie-Guite Dufay, présidente PS sortante candidate à sa succession, développe pour premier axe « Une région qui protège », mais il s’agit là de protection sociale et économique. Pour la sécurité proprement dite, il faut attendre la proposition 77 (sur 100): « Améliorer la sécurité des usagers dans tous les transports régionaux Mobigo (TER, car, transports scolaires, covoiturage…) ».

Une attente forte des citoyens 

Bien sûr, la sécurité est un thème cher aux partis de droite. A un an de la présidentielle, certains peuvent être tentés d’enjamber l’obstacle « régionales » et de miser sur le régalien.

Reste que la sécurité est un enjeu majeur dans l’esprit des citoyens, y compris pour le scrutin régional. D’après un récent sondage Opinionway pour Les Echos et Radio Classique, c’est même ce qui « comptera le plus pour vous au moment de voter au moment des élections régionales ». La sécurité est tout en haut de la liste des enjeux, au niveau national (47%). C’est même en Bourgogne-Franche-Comté que cet enjeu est le plus cité par les sondés (51%).

En parlant de sécurité, Les Républicains et le Rassemblement national ne ressassent donc pas leurs marottes. Ces deux partis partent sciemment à la chasse aux voix. Un fond de commerce électoral.

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